Défis communs

Le facteur père-fille

Fait: Lorsqu’ils ne sont âgés que de six mois, les bébés dont les pères sont présents et actifs au foyer ont de meilleurs résultats dans les tests de développement que les bébés dont les pères ne sont ni présents, ni actifs.

Fait: Les adolescentes qui sont proches de leurs pères sont beaucoup moins susceptibles de devenir actives sexuellement.

Fact: Si leurs pères s’occupent d’elles, les adolescentes sont deux fois plus susceptibles de continuer leurs études.

Fact: Les pères occupent visiblement une place importante. Très importante.

Dans son ouvrage Strong Fathers, Strong Daughters (Balantine Books) [Pères forts, filles fortes], Docteure Meg Meeker, pédiatre, a notamment recours aux faits évoqués ci-dessus pour illustrer avec force que, dans la vie d’une adolescente, peu de choses importent plus que la relation avec son père, et ce, tant au niveau de sa formation mentale, physique ou sociale. Se fondant sur plus de vingt années d’expérience en counselling d’adolescentes, elle trace les grandes lignes de ce qu’un père peut faire pour renforcer ou apaiser ses relations avec sa fille et l’aider à devenir une femme équilibrée et en bonne santé.

Le texte qui suit est la reproduction autorisée d'une entrevue avec Emily Stimpson parue dans la livraison du 15 juin 2008, de la publication Our Sunday Visitor. La version française a été préparée le secrétariat du Conseil suprême.

OSV: Indépendamment de la perception des pères, qu’attendent d’eux leurs filles?

Dr. Meg Meeker: Une fille veut naturellement constater que son père joue un rôle de chef. Elle compte sur lui comme protecteur et comme quelqu’un qui subvient aux besoins de sa famille. Elle veut l’admirer. Les pères ont énormément d’influence sur leurs filles. Ce n’est pas seulement ce qui est souhaité, mais c’est bien la réalité. Le père est vraiment le premier amour de sa fille. C’est l’homme le plus important de sa vie. Ses interactions avec elle établissent en elle la manière dont elle va interagir avec tous les autres hommes de sa vie et avec le Seigneur. C’est toute une charge à porter, mais c’est une vérité merveilleuse. Si elle apprend à estimer son père, si elle peut avoir confiance en lui, elle aura beaucoup plus de facilité à avoir confiance en son mari et envers le Seigneur.

OSV: À votre avis, quelle erreur, bien intentionnée ou non, les pères commettent-ils le plus fréquemment?

Dr. Meeker: De manière impressionnante, les pères sous-estiment l’importance qu’ils ont dans la vie de leurs filles. Ils s’en retirent beaucoup trop rapidement, doutent de leur importance et de leur influence et ne comprennent pas du tout à quel point leurs filles ont besoin d’une bonne relation avec eux et à quel point elles le désirent.

OSV: Quelles conséquences peuvent découler d’un tel retrait précoce?

Dr. Meeker: Quand un père se retire de la vie de sa fille, celle-ci s’effondre. Sa confiance en elle-même s’effondre. Son habileté à entretenir de saines relations avec d’autres hommes s’effondre. Sa vision de ce qu’elle peut accomplir s’effondre. Les filles entre 10 et 17 ans, notamment, ont un besoin très marqué d’avoir de l’attention, de l’approbation, de l’affection et des contacts physiques de la part d’un homme. Si le père se retire, elle répondra à ses propres besoins par des amitiés masculines ou des relations romantiques sexuelles. L’influence primordiale que subit l’estime de soi d’une jeune fille, c’est l’affection de son père. Si vous voulez vraiment renforcer l’image qu’une fille a d’elle-même, encouragez son père à lui manifester de l’affection physique.

OSV: Le succès obtenu comme père est intimement lié au succès obtenu comme mari, n’est-ce pas?

Meeker: Tout à fait. Les filles surveillent leurs pères comme des faucons. Non seulement la fille surveille comment il se comporte avec elle personnellement, mais aussi comment il se comporte avec sa mère. Si elle voit son père ouvrir la porte pour sa mère, aider à débarrasser la cuisine et s’il est patient à son égard, elle apportera dans son propre mariage ce dont elle est témoin et, qu’elle le veuille ou non, consciemment et inconsciemment, c’est ce dont elle s’inspirera. Les filles apprennent comment elles doivent être traitées en observant comment leur père traite leur mère.

OSV: Pourquoi les pères ne devraient-ils pas sous-estimer l’importance d’établir des règlements et des attentes pour leurs filles?

Dr. Meeker: Tellement de pères estiment que s’ils imposent des limites, un couvre-feu ou des tâches ménagères, ceci aurait pour conséquence d’éloigner leurs filles. Mais c’est tout le contraire qui se produit. Les filles qui finissent par avoir des difficultés ne sont pas celles qui se sont vu imposer des limites. Ce sont les filles dont les pères n’y ont pas eu recours. La clé, évidemment, c’est d’établir des règlements équilibrés par le plaisir qu’apporte la relation père-fille.

C’est une situation qui devient cependant critique au cours de l’adolescence. Si chaque entretien d’un père avec sa fille a pour objectif de fixer un nouveau règlement, sa fille finira par ne plus vouloir s’entretenir avec lui. Chaque conversation qui porte sur un règlement ou le comportement de la fille devrait être équilibrée par cinq autres conversations traitant de choses plaisantes et amusantes – sortir au cinéma, en canot, parler d’autres choses que les règlements.

OSV: Tellement de pères sont pourtant perdus quand il s’agit de s’entretenir avec leurs filles. Comment un père parvient-il à faire en sorte que sa fille l’entretienne de ce qui se passe dans sa vie?

Dr.Meeker: Il s’agit de transmettre à votre fille que vous êtes vraiment intéressé à écouter ce qu’elle a à dire. Une des meilleures façons d’y arriver, c’est d’écouter ses réponses sans l’interrompre. Demander et ensuite s’asseoir pour écouter sa réponse. Que vous soyez d’accord ou non, ne répondez pas tout de suite. Revenez sur la conversation plus tard, s’il le faut.

Il faut aussi se convaincre que chaque conversation ne devrait pas se transformer en leçon. C’est une grave erreur que commettent plusieurs pères. En fin de compte, vous devez aborder ces conversations en sachant qu’elles sont de longue haleine. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que votre fille s’ouvre dès le début, mais si vous pouvez lui communiquer que ce qu’elle dit et ce qu’elle pense vous intéresse vraiment, elle vous écoutera à son tour, et ce, après quelques mois.

OSV: Dans votre livre, vous insistez pour dire qu’il est important que les pères parlent à leurs filles de sexe et de Dieu – deux sujets des plus délicats à aborder pour les pères avec leurs filles. Avez-vous des conseils à donner sur la façon d’aborder de telles conversations?

Dr. Meeker: vous compliquez pas la vie. Parlez simplement.

Lorsqu’un père aborde la religion ou le sexe, il n’a pas à entrer dans tous les détails concrets. Sa fille veut savoir ce qu’il pense de Dieu et ce qu’elle doit faire.

Ces messages peuvent être transmis simplement en partageant ce qui, à son avis, est correct, en affirmant par exemple: « C’est vraiment important que tu attendes d’être mariée avant d’avoir des relations sexuelles. » Ou encore : « Sais-tu, c’est vraiment admirable quand une femme attend. »

C’est ce qu’une fille veut entendre. Utilisez un langage simple et posez des questions ouvertes.

Si un père n’arrive pas à être à l’aise quand il s’agit d’écouter l’opinion de sa fille sur le sexe et la religion ou sur tout autre sujet, alors il peut demander ce que ses amis en pensent ou ce qu’ils font. Cette façon de procéder devrait le renseigner suffisamment sur le comportement de sa fille.