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Michele Boulva
Michele Boulva, directrice de l'Organisme catholique pour la vie et la Famille - qui travaille en étroite collaboration avec la Conférence des évêques catholiques du Canada - propose une réflexion inspirée de la "théologie du corps" sur le thème "Ils deviennent une seule chair".

 

 


La signification de ‘une seule chair'

 
 L’abbé Cannon 

L’idéal de devenir “une seule chair” dans le mariage est chaque jour confronté par la réalité de la séparation et du divorce. Pour comprendre comment un prêtre transmet le message de l’Église sur le mariage, Pères Pour Bien Faire a interviewé avec l’abbé Robert Cannon qui fut ordonné en 1978, possède un degré en droit canonique (Église) et a occupé pendant 22 ans le poste d’aumônier militaire, oeuvrant auprès des couples sur les bases militaires et dans les paroisses.

Pères Pour Bien Faire: Selon votre point de vue comme avocat en droit canonique et aumônier, quelle est la signification de la phrase biblique “les deux deviennent une seule chair”?

L’abbé Cannon: Dans notre monde obsédé par le “sexe”, l’intimité interpersonnelle a été réduite au niveau de la présence physique. Comme un auteur spirituel l’a déjà affirmé : “Il fut un temps où les gens disait : ‘Cogito ergo sum’ (Je pense, donc je suis’).  Le slogan d’aujourd’hui  est ‘Copulo ergo sum’ (Je fais l’amour, donc je suis’). ”   

La vraie intimité se présente au niveau du cœur. “L’union d’un seul être” dans le livre de la Genèse décrit une unité non seulement du corps, mais de la personne entière – émotions, sentiments, rêves partagés, défauts et échecs. 

Lorsque les couples échangent leurs vœux, chacun d’eux répond : “Je le veux.” Ce “le” signifie tout sur la personne, non seulement l’aspect physique. Malheureusement, la plupart des mariages qui se terminent par le divorce sont le résultat d’une relation non-fonctionnelle avec l’autre ressentie par l’un ou les deux époux qui se sentent seuls.

Les Saintes Écritures sont pleines de situations critiques semblables lors de nos relations avec Dieu. Dans le livre de la Genèse, Dieu est dans le Jardin avec Adam et Ève qui ont vécu “l’innocence nuptiale” l’un avec l’autre et avec Dieu. Leurs “rapports” (dans le sens large de relations interpersonnelles) étaient purs et innocents. Quand Adam et Ève ont désobéi et que le péché s’est présenté au monde, cette innocence nuptiale a été détruite. Adam et Ève se sont soudainement aperçus qu’ils étaient tous les deux nus.

Dieu erra dans le Jardin et héla Adam et Ève : “Où êtes-vous?” Mais si les couples s’aiment profondément, ils ne cacheront pas de Dieu, car ils n’auront pas honte de leurs actes. En réalité, ils sentiront la liberté des fils et des filles de Dieu, périodes de l’innocence nuptiale originale d’Adam et Ève. Quand ceci se produit, le couple comprend très bien le sens de l’union d’une seule chair, car ils ne se cachent pas l’un de l’autre. Ils sont libres “d’être” devant l’un l’autre comme bien-aimés.

PPBF: Du côté pastoral, quels sont quelques-uns uns des empêchements ou obstacles éprouvés par les couples qui veulent vivre en accord d’une union “une seule chair? ’

L’abbé Cannon: Les gens sont enseignés à chercher le plaisir, à être heureux et à faire à leur façon. L’union d’un seul être se concentre entièrement sur l’autre personne.

Le théologien juif et philosophe Martin Buber disait vrai quand il décrivait toutes les unions/liaisons sincères en terme du “Je/Tu” qui expriment judicieusement en un mot le consentement marital. En pratique, cela signifie que je suis prêt à mourir pour mon épouse. Cette poussée transcendante de dévotion vers l’autre est libératrice, non contraignante. Elle se révèle de mille façons différentes, comme recevoir des fleurs inattendues sans raisons apparente ou dans des biscuits tout frais cuits.

PPBF: Que dites-vous à la personne qui pense que l’Église Catholique est “négative vis-à-vis le sexe” et désire réglementer la chambre à coucher? Comment présentez-vous l’enseignement de l’Église sous un jour positif?

L’abbé Cannon: Je pense que l’Église possède une noble et belle compréhension de la sexualité humaine et le mariage.

Malheureusement, la plupart des Catholiques sont ignorants de l’enseignement de l’Église sur la sexualité humaine et le mariage, autre que quelques-uns uns “ne faites pas ceci ou cela parce que c’est péché.” Évidemment, les médias présentent l’enseignement de l’Église comme extrémiste à cause de son opposition à la contraception et à l’avortement.   

Jean-Paul II a réussi remarquablement en élevant l’enseignement de l’Église sur la sexualité humaine, car la chrétienté est une religion qui doit être vécue dans la chair. 

Nous sommes tous appelés à embrasser l’amour de Dieu. Les conjoints sont appelés à exprimer l’amour de Dieu l’un envers l’autre comme époux. L’Église a toujours compris cette vérité et a enseigné que le mariage est un don sacré de Dieu et n’a pas été perdu par le péché originel.

L’Église a toujours enseigné que l’union sexuelle entre un homme et une femme est sacrée. En effet, il peut même être dit que par le don de soi réciproque des conjoints, leur union unique est leur “prière corporelle.”  

L’union conjugale est sacrée. L’Église a compris ces vérités lors de chaque époque.  Étant donné le pouvoir de la sexualité humaine, il est facile pour ce don d’être contraint et corrompu par la faiblesse humaine. Cependant, c’est la responsabilité de l’Église d’enseigner clairement à chaque époque sur la dignité du mariage et l’amour conjugal.

PPBF: Lorsque vous conseillez un couple ou dirigez une préparation de mariage, comment présentez-vous l’enseignement sur la procréation et la contraception? 

L’abbé Cannon: Je rencontre les couples avec une perspective d’anthropologie chrétienne, une compréhension de la nature humaine; en fait, je présente le mariage comme une vocation et la fertilité comme un don qui doit être révéré et compris, plutôt qu’être une menace aux aspirations d’un couple. 

Par notre culture technologique, on a réussi à mettre dans la tête des couples que les gens doivent contrôler tous les aspects de leur vie. Mais, où est la place de l’amour dans tout cela?  

Par exemple, contrôler sa fertilité en utilisant des contraceptifs est considéré non seulement comme un droit, mais une nécessité. Il y a une poussée constante d’avoir du sexe en tout temps. Des annonces commerciales de drogues contraceptives et pour la dysfonction érectile entrent sans arrêt, jours et nuits, dans nos salons. 

En effet, ne pas utiliser de contraception est considéré par plusieurs couples comme irresponsable. Pour les couples, il est difficile d’entendre, encore moins saisir, la beauté de l’enseignement de l’Église quand ils sont bombardés 24 heures par jour 7 jours par semaine par des images de notre culture hédoniste. Nous devons faire un meilleur travail en utilisant toutes les formes de médias pour enseigner nos gens.  

PPBF:   Selon vous, quel sont les avantages de la planification familiale naturelle (PFN) comme moyen de vivre pleinement le mariage et d’atteindre l’harmonie conjugale? 

L’abbé Cannon: Au lieu du sexe-sur-demande, PFN enseigne aux couples d’embrasser leur fertilité partagée comme un don de Dieu à l’intérieur de leur mariage. Ainsi, PFN peut aider aux couples à découvrir les dimensions plus profondes de l’amour conjugal. Naturellement, cela encourage la véritable intimité naturelle. 

Les couples apprennent aussi à balancer célébration et restriction, respect mutuel et vénération pour l’un l’autre. J’ai trouvé que les couples qui incorporent PFN dans leurs mariages communiquent à un niveau plus profond à cause de la nature du PFN qui exige que les maris et les épouses soient en dialogue continuel l’un avec l’autre, basé sur un niveau personnel très profond.

PFN exige une approche désintéressée à l’intimité conjugale afin de respecter le plan de Dieu pour le mariage et la vie humaine. Comme le slogan de la semaine nationale 2008  du PFN le dit si bien, le PNF est “Une façon de vivre et une façon d’aimer.”

L’abbé Cannon, un colonel des Forces aériennes des É.-U., est présentement assigné au bureau du chef responsable des aumôniers, situé à la base aérienne de Bolling à Washington, D. C.