Le ‘fossé’ conjugal

W. Brad Wilcox est professeur à l’Université de Virginie et a fait énormément de recherche sur le mariage et le divorce. Le site web Pères pour bien faire l’a rencontré pour discuter des ses principales découvertes et suggestions pour rendre le mariage plus stable.

Pères pour bien faire: Quel est le taux de divorce actuel aux États-unis ?

Wilcox: Le taux de divorce est tout juste au-dessus de 40%, c’est-à-dire qu’un peu plus de 40% des couples qui se marient aujourd’hui pour la première fois divorceront. C’est une baisse du taux encore plus élevé de la fin des années 1970 alors qu’il se situait à environ 50%. Cependant, seulement 20% des mariages contractés au début des années 1960 se terminaient par un divorce. Nous remarquons donc encore un taux de divorce beaucoup plus élevé aujourd’hui qu’il l’était 50 ans passés.

Professor W. Brad Wilcox

PPBF: Après combien d’années de mariage la plupart des couples divorcent-ils – y a-t-il “un cap de sept ans de mariage” ou est-ce que la plupart des mariages qui tombent en panne le font plus tôt?

Wilcox: En réalité, il y a un cap de 8 ans de mariage. La majorité des divorces se produisent en dedans des huit premières années du mariage. Mais c’est une mince majorité. Les couples ne sont donc pas sortis du bois avant qu’ils dépassent 15 ans de mariage. En effet, la grande majorité des divorces ont lieu durant les premières quinze années de mariage.

PPBF: Je connais un bon couple catholique (fréquentant l’église et enseignant la catéchèse) qui avait trois enfants et qui a divorcé après 22 ans de mariage quand le mari a trouvé une autre femme qu’il a fini par marier. Est-ce que cette situation arrive fréquemment?

Wilcox: Non. Les couples qui fréquentent l’Église ensemble vont moins souvent se divorcer, tout comme les couples qui ont été mariés plus de 15 ans. Ce cas se produit donc rarement. Mais, surtout de nos jours, le divorce peut frapper n’importe quel groupe démographique – même ceux qui fréquentent régulièrement l’Église.

PPBF: Qu’est-ce que vous pensez du fait que la majorité (environ 66%) des procédures de divorces est demandée par les épouses? Cela a-t-il toujours été le cas, même à l’époque où il était difficile d’obtenir un divorce?

Wilcox: Oui, durant la plus grande partie de l’histoire de notre nation, les femmes ont eu le plus souvent tendance à demander le divorce. Je pense qu’une raison pour laquelle cela s’est produit est que les hommes vont plus souvent s’adonner à un comportement extrême comme l’adultère ou de sérieux abus physiques. Mais c’est aussi le cas que les femmes sont beaucoup plus sensibles aux hauts et bas d’une relation. Si elles sentent qu’un mariage n’est pas suffisamment intime ou épanouissant ou qu’un mari n’est pas suffisamment engagé émotionnellement dans le mariage, les femmes auront plus tendance à rechercher le divorce. Quand cela se produit, plusieurs maris sont estomaqués. Ce dernier phénomène semble être très courant aujourd’hui, alors que des femmes sortent du mariage parce qu’elles sentent que leurs maris ne sont pas en accord émotionnellement avec elles ou ne rencontrent pas leurs besoins émotionnels.

PPBF: Plusieurs hommes qui ont été divorcés contre leur volonté se sentent trahis par les lois du divorce, les procédures légales et le système de garde des enfants. Les hommes sont-ils désavantagés par ce système — est-il tacitement compris que d’une certaine manière, ils méritent le divorce qu’ils ne veulent pas et que les enfants sont dans une meilleure situation avec la mère?

Wilcox: Permettez-moi d’éclaircir le sujet: les hommes et les femmes sont tous les deux souvent traités injustement en ce qui concerne le divorce aux États-Unis, car la grande majorité des états permettent le divorce unilatéral. C’est-à-dire, dans la plupart des états, un des conjoints peut sortir du mariage pour n’importe quelle raison. Les conjoints qui ne désirent pas le divorce sont souvent dévastés par celui-ci, d’une part parce que ceux-ci sont durement frappés financièrement par ce divorce, d’autre part parce qu’ils perdent la garde des enfants et d’un autre côté parce que les tribunaux prennent rarement en considération le fait que le conjoint qui reste en arrière n’a commis aucun tort marital quand ils prennent des décisions concernant la propriété et surtout la garde des enfants.

Cependant, en terme de nombres, puisque beaucoup plus de femmes initient le divorce que le font les hommes, je pense que plus d’hommes sont traités injustement par le système que le sont les femmes. De plus, puisque le choix par défaut de la plupart des tribunaux est d’accorder aux mères le plus gros de la garde quotidienne des enfants, ceci signifie que la plus grande majorité des hommes divorcés perdent le contact quotidien régulier avec leurs enfants. Ce résultat paraît manifestement injuste pour les pères qui ont été divorcés malgré eux et qui ne sont pas coupable d’aucun tort marital sérieux comme l’adultère ou l’abus. Évidemment, des milliers d’hommes aux É.-U. se trouvent chaque année dans cette situation.

PPBF: Expliquez brièvement ce que l’on appelle le fossé dans le divorce.

Wilcox: Dans mon article dans ‘NATIONAL AFFAIRS’, je souligne qu’un “fossé dans le divorce” est en train de s’établir en Amérique. Ce que je veux dire est que le taux de divorce a foncièrement diminué depuis 1980 chez les hommes qui ont reçu une éducation universitaire, mais il a augmenté chez les hommes sans degré universitaire. Durant les dernières années, environ 17% des hommes qui ont une éducation universitaire divorcent durant les 10 premières années de mariage, comparé à 36% des hommes sans degrés universitaires. C’est une différence stupéfiante.

Il y a beaucoup d’explications différentes pour ce fossé dans le divorce. Mais je pense qu’un des facteurs que nous devons considérer est la question économique. Les salaires réels des hommes ayant une éducation universitaire ont augmenté depuis les années 1970, mais ils ont diminué pour les hommes moins éduqués. En conséquence, les maris de la classe ouvrière et ceux qui sont pauvres sont moins attrayants pour leurs épouses comme pourvoyeurs; je pense aussi qu’ils sont moins enclins à se voir comme des maris prospères à cause des difficultés à trouver et à garder des emplois proposant des salaires décents.

Donc les changements économiques dans notre société érodent la qualité et la stabilité du mariage dans les communautés pauvres et ouvrières.

PPBF: Vous avez donné un aperçu des dispositions simples qui peuvent être prises dans le système légal et dans les règles pour aider à garder les familles intactes et à améliorer le système du divorce. Veuillez expliquer comment elles affecteraient les hommes.

Wilcox: Permettez-moi de mentionner seulement trois solutions de politiques qui pourraient aider le mariage et les pères. Mon article dans ‘NATIONAL AFFAIRS’ (ainsi qu’un article par Ron Haskins dans la même édition) fourniront plus de détails pour les lecteurs qui sont intéressés à ce sujet.

D’abord, je pense que les lois du divorce devraient être réformées afin qu’une majorité de la propriété conjugale et la garde primaire de l’enfant soient accordés au conjoint qui ne désire pas abandonner le mariage – excepté les cas où le conjoint qui veut demeurer dans le mariage a commis l’adultère, des abus, l’abandon, des activités criminelles, etc. Cette réforme a deux mérites. Elle permettrait de réduire le taux de divorce, et elle injecterait aussi une mesure de justice dans la procédure du divorce en cherchant à honorer l’engagement pris par le conjoint qui est divorcé involontairement.

Deuxièmement, j’augmenterais le crédit d’impôt pour enfant de 1000$ à 5000$ et le rendrais entièrement remboursable. Cela fournirait aux familles plus de ressources financières pour couvrir les coûts considérables associés au fait d’élever des enfants. Ceci aiderait également à réduire les tensions économiques qui amènent souvent les couples à se divorcer.

Troisièmement, j’appuierais une campagne publique en faveur du mariage et de la paternité. Je pense qu’une grande partie du public américain n’est pas consciente des nouvelles recherches scientifiques qui démontrent que les enfants vont d’avantage s’épanouir dans un foyer intact, marié et que les pères jouent un rôle primordial vis-à-vis élever les enfants. Si plus d’américains étaient convaincus comment importants pour les enfants sont les mariages solides, je pense que plus d’américains considéreraient leurs vœux nuptiaux avec un plus grand sérieux.

Il est inutile de dire que nous bénéficierions tous de vivre dans une société où les vœux du mariage ont de plus en plus tendance à lier les maris et femmes ensemble et aux enfants qu’ils amènent dans ce monde.